Statuette Kandimbong

Référence : 11241

Statuette Kandimbong
Bois, pigment ocre
Dimensions : Hauteur 46cm
Epoque présumée : 19ème siècle
Embouchure du fleuve Sepik
Province du Sepik Oriental
Papouasie Nouvelle-Guinée

Provenance :
Collecté par Sidney Nichols Shurcliff (1906-1981) lors de la Crane Pacific Expédition1928-1929.
Par descendance conservée dans la famille
Vente Bonhams Chelsea, 7 mai 1992, lot n°102
Collection Alexander Kubetz, Munich

La Crane Pacific Expédition

En 1927, alors qu’il vient de terminer ses études à l’université de Harvard, Cornelius Crane (1905 -1962), âgé de vingt-deux ans, reçoit de son père un yacht en guise de cadeau de fin d’études. C’est un cadeau assez extravagant selon les critères d’aujourd’hui, mais dans la deuxième décennie de ce siècle, avant le grand krach boursier, c’était encore plus stupéfiant. La richesse de la famille était telle que, dit-on, le krach de 1929 n’a eu que peu d’effet sur leur mode de vie. Les deux affiliations institutionnelles avec Harvard et le Field Museum de Chicago apportent à Cornelius non seulement du prestige et des ressources académiques, mais aussi une inspiration quant à l’utilisation de son yacht qui sera bientôt construit.

Plutôt que d’emmener ses amis en croisière autour du monde comme il l’avait initialement prévu, Cornelius décide d’étudier la possibilité de parrainer une expédition scientifique pour le Field Museum de Chicago, où, en raison de la position de son père en tant qu’administrateur et bienfaiteur, il a accès au personnel scientifique.

Outre pusieurs scientifiques venant du Musée de Boston (un docteur, un zoologiste, un herpétologiste (chargé d’étudier les reptiles), un ichtyologiste (spécialiste des poissons), un ornithologiste…)  Cornélius  sera accompagné de ses compagnons  sortis  d’Harvard : Murry N. Fairbank, Charles R. Peavy et Sidney Nichols Shurcliff ; ces trois là s’occuperont de la photographie et des films)

Après Cuba, Haïti, Panama, les Galapagos, Les Marquises, Moorea, Tahiti, les îles de la Société, Fidji, les Nouvelles-Hébrides, les Salomon, un voyage plus ou moins haut en couleur et plus ou moins passionnant du point de vue des collectes d’espèces naturelles les voilà en mai 1929 à Rabaul en Nouvelle-Bretagne.

Le gouverneur conseille alors à Cornelius Crane de s’attacher les services du Père Kirschbaum de la mission de la Société du Verbe Divin, située à Marienberg, afin de mener à bien leur expédition “Sepik”.
Il s’agit là d’un personnage important dans l’histoire des collectes et lors des expéditions en Nouvelle Guinée allemande. Après quelques discussions, Kirschbaum accepte de guider l’expédition en amont du fleuve en échange de trois tonnes de provisions et du transport de quinze personnes de la région jusqu’à Marienberg.

Kirschbaum a joué un rôle clé dans le succès de l’expédition Crane Pacific. Il avait des compétences linguistiques et connaissait l’emplacement des villages.

Le 9 mai 1929, l’Illyria appareille pour remonter le Sepik. Le 11 mai, à la suggestion du père Kirschbaum, l’expédition se dirigea vers le lagon de Murik, au nord-ouest du Sepik.  Le père Kirschbaum avait déjà visité les villages de cette région avec d’autres missionnaires.

Il propose de visiter un village reculé (Darapap) où l’on peut rencontrer encore des “individus très primitifs”. Sidney Shurcliff, dans son ouvrage1 Jungle Islands, souligne néanmoins l’intérêt de la maison des hommes qu’ils ont pu visiter : d’impressionnantes coiffes de plumes venaient d’être réalisées pour une prochaine danse.

L’équipe arrive à Ambot le 12 mai (Kambot sur la Keram) et est émerveillée par ce nouveau village. Elle y découvre une cinquantaine de maisons dont quatre maisons cérémonielles gigantesques. Obtenant l’autorisation de pénétrer dans l’une d’elles, Shurcliff et son compagnon Schmidt (l’herpétologiste du bord) aperçoivent une quarantaine de jeunes hommes assis dans l’obscurité. Les poteaux sont tous sculptés ; dans une “salle des trophées”, ils entrevoient une douzaine de boucliers, environ 25 sculptures anthropomorphes en bois peintes.

Le 14 mai, ils regagnent le fleuve Sepik après Murik, dépasse à nouveau Marienberg et pénètre dans la partie médiane du fleuve.

Le premier village Iatmul qu’ils visitent est Tambanum. Après le village de Tambanum, l’expédition continue à remonter le Sepik. Le même jour, le 14 mai, ils visitent le village de Timbunke. Ils s’arrêtent au village de Kanganaman le 15 mai. L’expédition atteint le village de Malu vers midi le 16 mai 1929.                                                                                                                                                                                 Le 18 mai, l’expédition  dépasse Ambunti et s’approche des villages de Wogamush et de Kubka. Naviguant sur les cartes allemandes, l’Illyria atteint finalement, le 19 mai, la rivière May.
Après quelques difficultés de navigation, rejoignant le Sepik, l‘Illyria parvient le 15 mai à Tambanum. Le 17 mai, un peu plus en amont sur le Sepik, c’est à Angerman que Schurcliff découvre une imposante maison cérémonielle possédant quatre ouvertures dans le pignon sur lesquelles étaient posés des crânes humains. Le jour suivant, ils sont à Ambunti : “l’avant-poste de la civilisation de l’homme blanc dans le Sepik”.

Le niveau de l’eau est haut et ils espèrent pouvoir remonter le Sepik encore sur une centaine de miles… Le 20 mai l’Illyria est effectivement à Wogumash, près de la jonction avec l’April River.

Passé la jonction avec la Wogamush River, l’équipage de l’Illirya se met en quête d’un village nommé Kubka. Le même soir, l’Illyria  parvient à la jonction de la May River et du Sepik. Schurcliff note : “En voyageant 400 miles depuis l’embouchure du Sepik, nous sommes remontés 40 000 ans en arrière dans la civilisation humaine”. Le lendemain, ce sera l’expédition sur la May River en canoë…

Satisfaits d’avoir visité un endroit « inconnu » que personne n’avait vu depuis au moins dix-sept ans, Crane et ses hommes retournent à la mission de Marienberg dans la soirée du 26 mai, l’expédition descend la rivière Keram jusqu’aux villages de Kambot, Korogopa et Geketen. Les membres de l’expédition sont fatigués mais ravis de leur expérience. Chacun d’entre eux a réalisé des photographies ou des films, ou collecté des objets ou des spécimens.       La remontée du fleuve Sepik en Nouvelle-Guinée a été la dernière étape « officielle » de l’expédition.

Le retour

L’expédition aura fait le tour du monde de novembre 1928 à octobre 1929 et permettra de collecter plus de 18 000 spécimens de toutes sortes pour les différents départements du Field Museum. Des sculptures ont également été collectées et remises à plusieurs musées. Certaines seront conservées par les membres de l’expédition.

Cependant, l’expédition Crane est particulièrement importante pour ses photographie de la rivière Sepik.

Aujourd’hui, les collections relatives à l’expédition sont dispersées aux États-Unis. Les collections de sculptures collectées par Crane, Moss, Peavy et Shurcliff se trouvent principalement au Peabody Museum of Archaeology and Ethnology, Harvard University.  Quelques objets se trouvent au Field Museum et au Metropolitan Museum of Art.  Les 18 000 spécimens d’histoire naturelle rassemblés par Schmidt, Herre, Fairbank, Wonder et Weber se trouvent au Field Museum. Les quatre volumes du journal de Shurcliff ont été déposés au Peabody Essex Museum à Salem, Massachusetts, ainsi que des copies de ses photographies et de ses films. Shurcliff a donné des épreuves contact de ses photographies et une copie complète du film Jungle Islands au Metropolitan Museum of Art en 1973.

Les négatifs de Fairbank ont également été donnés par Shurcliff au Metropolitan Museum of Art à la même époque.  Les photographies de Schmidt, ses notes sur les spécimens et la correspondance de l’expédition se trouvent au Field Museum. Les sculptures qu’il a collectées sont aujourd’hui au Peabody Essex Museum.  Le Metropolitan Museum of Art possède également un ensemble de copies obtenues auprès de la famille Moss.  Les extraordinaires archives photographiques rassemblées par Crane, Shurcliff, Schmidt, Moss, Peavy et Fairbank (plus de 500 images de la seule Nouvelle-Guinée) se présentent sous la forme de planches contact conservées par le Metropolitan Museum, le Peabody Museum, le Field Museum, le Peabody Essex Museum.

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1- Shurcliff, Sidney N. 1930 Jungle Islands : the « Illyria » in the South Seas..
New York and London: G. P. Putnam’s Sons.

Shurcliff, Sidney N.1979a  Jungle Islands: The Illyria in the South Seas. Part 1.
Field Museum of Natural History Bulletin 50, no. 7 (July / August): 16 –26.

Shurcliff, Sidney N.1979b Jungle Islands: The Illyria in the South Seas. Part 2.
Field Museum of Natural History Bulletin 50, no. 8 (September): 16 –24.

Pour une étude de l’expédition  lire :

Virginia-Lee Webb. Pacific Studies, Vol. 20, No. 4 -December 1997
Official/Unofficial images : Photographs from the Crane Pacific Expedition, 1928–1929
Metropolitan Museum of Art.

Alexander Kubetz, Munich (1946-2023)
L’enthousiasme pour l’art et les débuts de la collection d’Alexander Kubetz se trouvent en Papouasie-Nouvelle-Guinée et dans les îles des mers du Sud. Il n’est venu à l’art de l’Afrique, les masques et les figures, en particulier les boucliers artistiques et les armes de poing, que de nombreuses années plus tard grâce à son amitié de longue date avec Manfred A. Zirngibl.

Des pièces de sa collection ont été présentées dans des expositions telles que «Erde und Erz – 2500 Jahre afrikanische Kunst aus Terrakotta und Metall » («Terre et minerai – 2500 ans d’art africain en terre cuite et métal») (1998) et plusieurs fois dans différentes expositions à la Haus der Völker à Schwaz/Tirol (1996, 2006, 2007 et 2009).

 

 

 

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