Cèdre jaune, if (ou aulne), racine d’épicéa,
écorce de cèdre, clou en fer
Dimensions : Hauteur 30cm, largeur 13cm
Epoque présumée : 19ème siècle
Population Haïda
Haida Gwaii (Queen Charlotte Islands)
Colombie-Britannique
Canada
Provenance :
Collection privée, Canada
Collection Adam Prout, Londres, Grande Bretagne
Collection privée Belgique
Collection Andrey Tischenko, Helsinki, Finlande
Appelé ýagw táawaay (dans le dialecte haïda), notre hameçon est minutieusement sculpté sur le bras inférieur, d’un chamane se métamorphosant en loutre de rivière(1), esprit protecteur chargé de pouvoirs surnaturels.
Selon la croyance, ces motifs anthropomorphes et ces esprits (qui possèdent toujours des yeux sculptés pour que l’hameçon « regarde » sa proie) servent à honorer et à séduire le flétan, l’incitant à mordre l’hameçon le plus esthétique.
Le chamane est doté de pouvoirs, naviguant avec aisance entre le monde naturel et le monde surnaturel. Il est censé aider les pêcheurs à effectuer une transition tout aussi harmonieuse entre la terre et la mer
Malindine (2) souligne que nombre des animaux sculptés sur les hameçons possèdent une capacité réelle à se déplacer entre les environnements, citant notamment la loutre de rivière, qui « peut nager presque comme un poisson et courir dans la forêt comme un lapin ».
Ce type d’hameçon est un chef-d’œuvre d’ingénierie et d’art spirituel traditionnel propre aux peuples autochtones de la côte Nord-Ouest du Pacifique, notamment les Haïdas, Tlingits et Tsimshians.
Bien qu’il ressemble à un objet purement décoratif dans les collections de musées ou dans les collections privées, sa structure en « V » asymétrique est un modèle de gestion éco-responsable
L’écartement précis du « V » est conçu pour attraper uniquement des flétans de taille moyenne (entre 10 et 45 kg). Épargnant ainsi les juvéniles et les très gros géniteurs (femelles de plus de 200 kg indispensables à la reproduction) qui glissent de l’hameçon sans être blessés, assurant ainsi la pérennité de l’espèce.
Avant de mettre l’hameçon à l’eau, le pêcheur lui parle et l’encourage à accomplir sa tâche avec bravoure.
Lesté par une pierre au fond de l’eau, l’hameçon flotte à environ un mètre du sol marin grâce à la flottabilité du cèdre jaune, essence de bois utilisée pour le bras supérieur comportant l’ardillon en fer (la branche inférieure en bois d’if ou aulne étant plus lourde comporte la sculpture). Le flétan ne « grignote » pas mais aspire l’appât (souvent de la chair de poulpe ou de hareng). Détectant un corps étranger dans sa bouche et en essayant de le recracher, l’ardillon se coince fermement dans sa mâchoire.
Les hameçons les plus richement ornées comme le notre servaient aussi lors de cérémonies ou de démonstrations de prestige familial (potlatch).
1 – Un modèle très similaire, sculpté probablement par le même artiste et mesurant 28.5 centimètres de long, provenant de Haida Gwaii, été acquis en 1937 par George Gustav Heye.
Il est conservé au National Museum of the American Indian de la Smithsonian Institution
(Inv 19/6270) Voir photo1
2 – Malindine, Jonathan. Northwest Coast Halibut Hooks: an Evolving Tradition of Form, Function, and Fishing (Hameçons pour flétan de la côte nord-ouest : une tradition évolutive de forme, de fonction et de pêche.) Human Ecology . Research Gate ,
Musée d’anthropologie Columbia, Missouri. Février 2017
Consultable sur le site : www.researchgate.net/publication/313089299_Northwest_Coast_Halibut_Hooks_an_Evolving_Tradition_of_Form_Function_and_Fishing#read.
Photo 1 : Musée national des Indiens d’Amérique de la Smithsonian Institution
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