Amulette de chamane

Référence : 92612

Os de mammifère marin, trace de pigment rouge

Dimension : Longueur : 20.5cm
Epoque présumée : 19ème siècle
Population Tlingit
Sud de l’Alaska, USA

Provenance :
Collection privée américaine
Collection Yann Ferrandin, Paris

Avant la fin du XIXe siècle, différentes formes de chamanisme étaient largement pratiquées sur toute la côte nord-ouest. Les chamanes occupaient une place centrale dans la vie personnelle et spirituelle de leur communauté : ils étaient chargés de soigner les malades, d’assurer l’abondance de nourriture, de repousser les mauvais esprits et d’apporter leur aide au combat.

Le chamanisme tlingit était particulièrement complexe. De nombreuses amulettes principalement en os étaient utilisées et parfois fabriquées par des chamanes, généralement intégrées à un collier ou fixées à un vêtement. On sait également que des amulettes en os étaient parfois attachées à des tuniques.

La sculpture, ici présente, de taille exceptionnelle, ne porte aucune trace de perçage ni autre système de fixation ou de suspension ; elle appartenait probablement à un membre important d’un clan ou d’une maison et servait de talisman personnel, conservé dans une bourse en peau.

Les amulettes chamaniques représentent généralement des esprits bienveillants rencontrés lors de quêtes de vision ou en rêve. Chaque amulette est unique, souvent composée d’une image principale entrelacée de plusieurs figures secondaires.

Dans le remarquable exemple que nous présentons, l’image principale représente probablement un orque, gueule ouverte découvrant une rangée de dents. Les nageoires pectorales représentées.  Les Tlingit, considèrent l’orque (keet) comme le puissant gardien de la mer, un être surnaturel souverain et l’incarnation des ancêtres ou de grands chefs réincarnés.

À la place de l’aileron dorsal de l’animal se trouve un personnage accroupie, les mains sur le ventre. Cette représentation d’un esprit tutélaire se retrouve sur les grands mâts totémiques ou les poteaux placés à l’intérieur des maisons.  Cette position  des genoux relevés vers le ventre exprime souvent une immobilité chargée d’énergie, prête à l’action ou à la transformation chamanique.  Les mains sur le ventre symbolisent la connexion avec le
« centre de la vie », de la respiration et de la lignée spirituelle. Cela renvoie directement à la transmission des droits, des titres claniques et des histoires transmises de génération en génération. Ce personnage est surmonté d’une petite tête probablement protectrice.
A l’autre extrémité est représenté un oiseau au long bec, le cou orné de plumes. Il pourrait s’agir de la représentation du grand héron qui chez les Tlingit occupe une place symbolique importante, liée à la structure sociale, aux mythes d’origine et aux leçons comportementales de la nature. Le héron étant profondément respecté pour ses compétences de chasseur.

La société tlingit est divisée en deux grandes moitiés (les Corbeaux et les Aigles), elles-mêmes subdivisées en nombreux clans familiaux. Les animaux majeurs de l’environnement servent de blasons pour afficher l’histoire familiale et la lignée d’un clan lors des potlatchs. Le héron fait partie de ces créatures sacrées représentées également sur les poteaux totémiques, les couvertures cérémonielles et la vaisselle en bois pour affirmer les privilèges et la relation spirituelle du clan avec le monde animal.

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