Figure chamanique de Tupilak

Référence : 9268

Bois sculpté pigment noir
Dimension : longueur 14cm
Epoque présumé ; début du 20ème siècle
Population Inuit
Groenland

Provenances :
Collectée  par le marin Oluf Ferdinand Hansen à la fin des années 1920.
Par descendance conservée dans la famille
Vente Bruun Rasmussen, Danemark
Collection David Hutzon-Frank, Copenhague, Danemark

Notre Tupilak (ou tupilaq), créature physique et magique dans la mythologie inuit du Groenland, est représenté sous la forme d’un phoque à tête humaine.

Dans la culture inuite du Groenland, la figure de l’homme-phoque ou du phoque à tête d’homme s’articule principalement autour de deux grands axes mythologiques :

Le terrifiant Tupilak et le mythe de la réincarnation et de la transformation des âmes. :

Purement spirituel, invisible et tabou, le terrifiant Tupilak  était secrètement créé par le chamane (appelé angakkoq) à l’aide de morceau d’animaux (ossements, tendons, peau, poils). Le chamane lui donnait vie en chantant des incantations rituelles, puis jetait la créature à la mer. Lorsqu’un chamane voulait éliminer un rival, ce phoque à tête d’homme acquérait le pouvoir de se métamorphoser. Il nageait vers sa victime, se faisant passer pour un phoque ordinaire pour l’attirer, avant de révéler son visage ou sa nature monstrueuse pour la dévorer

Dans la mythologie inuite, les frontières entre les hommes et les animaux sont poreuses, car tous possèdent une âme (anirniit). Un célèbre conte groenlandais illustre parfaitement le concept du phoque doté d’une conscience humaine :

Un chasseur nommé Navagiyaq se noie en mer. Son âme, refusant de disparaître, pénètre le corps d’une grande femelle phoque. Tout en vivant sa vie de phoque sous les glaces, l’animal garde les souvenirs, l’intelligence et la sensibilité de l’homme qu’il était. L’âme voyage ainsi de corps en corps (passant par un morse et un autre phoque) jusqu’à ce que l’animal soit chassé et sa chair rapportée au village. L’âme se glisse alors dans le corps d’une femme humaine pour renaître sous sa forme d’origine. Cette légende explique le respect absolu que les chasseurs doivent accorder aux phoques, car chacun d’eux peut abriter l’âme d’un ancêtre.

Avec l’arrivée des européens à la fin du 19ème siècle, la nature du tupilak a radicalement changé.  Les européens de passage au Groenland ont commencé à s’intéresser à ces légendes. Pour leur montrer à quoi ressemblaient ces monstres, les sculpteurs Inuits de la région d’Ammassalik ont commencé à tailler des figurines de Tupilak dans du bois flotté, des os ou des défenses de morse. Ces figures sculptées  constituaient un support privilégié pour raconter des histoires et transmettre les mythes et pratiques chamaniques du Groenland.

Le Musée national du Danemark conserve un modèle très similaire  (Inv 92903)

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